L’expulsion de 1940-1941 en Moselle : ce que l’on sait, ce qu’il reste à écrire pour Coin-lès-Cuvry

En bref

  • À partir de l’été 1940, des dizaines de milliers de Mosellans jugés trop attachés à la France sont expulsés vers l’intérieur du pays.
  • Entre le 15 août et le 16 septembre 1941, environ 60 000 personnes considérées comme « indésirables » doivent quitter la Moselle en quelques heures, avec seulement quelques bagages.
  • Les traces précises de ce qu’a vécu Coin-lès-Cuvry durant cette période restent largement à rassembler — c’est l’objet de notre prochaine collecte de témoignages.

LE SAVIEZ-VOUS ? Entre l’été 1940 et l’automne 1941, des dizaines de milliers de Mosellans ont dû quitter leur maison, parfois en quelques heures, parce qu’ils étaient jugés trop attachés à la France.

Parmi les pages les plus douloureuses de l’histoire de notre département, l’annexion de fait de la Moselle par le IIIe Reich à l’été 1940 et les expulsions qui l’ont suivie occupent une place à part. Coin-lès-Cuvry, comme des centaines d’autres communes mosellanes, a très certainement connu son lot de familles déplacées, de maisons vidées, de destins bouleversés. Pourtant, à ce jour, notre association ne dispose d’aucun témoignage ni document précis sur ce qu’ont vécu nos habitants durant cette période. Nous avons donc choisi d’ouvrir ce dossier avec ce que l’histoire régionale nous apprend, en espérant que vos souvenirs de famille viendront bientôt compléter ce récit encore incomplet.

Une population déjà déplacée avant l’annexion

En septembre 1939, dès la déclaration de guerre, environ 302 000 Mosellans, près de 45 % de la population du département, sont évacués vers des départements du centre et de l’ouest de la France : la Charente, la Charente-Maritime, la Vienne, la Haute-Vienne ou encore la Haute-Loire. Après la défaite française de juin 1940, une grande partie d’entre eux, environ 200 000 personnes, rentrent chez eux. Mais ce retour est de courte durée : la Moselle est alors annexée de fait par le IIIe Reich, sans qu’aucun traité ne l’officialise.

L’été 1940 : les premières expulsions

Dès l’été 1940, les nouvelles autorités allemandes commencent à expulser les habitants jugés francophiles ou trop attachés à la culture française : fonctionnaires, notables, familles entières considérées comme indésirables. Ces départs forcés touchent en priorité les villes, mais la campagne mosellane n’est pas épargnée.

1941 : la déclaration d’option et le grand départ

Le 15 août 1941, le Gauleiter Josef Bürckel exige des Mosellans qu’ils se déclarent formellement allemands. Nombreux sont ceux qui refusent. Entre le 15 août et le 16 septembre 1941, environ 60 000 personnes considérées comme « indésirables » sont expulsées vers l’intérieur de la France, parfois avec seulement quelques heures de préavis et une valise par famille. Un an plus tard, entre août et septembre 1942, plus de 10 000 patriotes et résistants à l’annexion sont à leur tour déportés vers la Silésie, la Pologne ou les Sudètes, pour y être affectés à des travaux forcés.

Et à Coin-lès-Cuvry ?

C’est précisément sur ce point que nous manquons aujourd’hui d’informations. Combien de familles de Coin-lès-Cuvry ont-elles été expulsées ? Vers quelles régions ? Dans quelles conditions sont-elles revenues, ou non, après la Libération ? Ces questions restent pour l’instant sans réponse locale précise, faute de documents ou de témoignages recueillis à ce jour.

Si vous conservez un avis d’expulsion, une carte de rapatriement, une lettre, un billet de train, une photographie de ce départ ou de ce retour, ou simplement le récit que vous a transmis un parent ou un grand-parent, ces éléments seraient précieux pour reconstituer cette page de l’histoire de notre village.

Pourquoi rassembler cette mémoire maintenant

Plus de quatre-vingts ans après ces événements, les témoins directs se font chaque année plus rares. Les souvenirs de famille, s’ils ne sont pas recueillis, disparaissent avec ceux qui les portent. Documenter l’expulsion de 1940-1941 à l’échelle de Coin-lès-Cuvry, c’est redonner un visage et une histoire précise à ce que l’on ne connaît aujourd’hui qu’à travers les grands chiffres régionaux.

Petit lexique pour s’y retrouver

  • Indésirable : terme employé par l’administration nazie pour désigner les personnes jugées trop attachées à la France, et donc expulsables.
  • Déclaration d’option : déclaration formelle par laquelle un Mosellan était sommé de se reconnaître allemand.
  • Gauleiter : représentant régional du parti nazi, ici Josef Bürckel pour la Moselle annexée.
  • Rapatriement : retour organisé, souvent après la Libération, des personnes expulsées ou évacuées vers leur commune d’origine.

À propos de l’association

L’association Mémoire & Patrimoine de Coin-lès-Cuvry a pour objectif de recueillir, préserver et transmettre l’histoire et la mémoire de notre village. Photographies anciennes, documents de famille, cartes postales, témoignages ou souvenirs : chaque contribution permet d’enrichir notre connaissance du passé communal. Vous possédez des archives ou des souvenirs à partager sur cette période ? N’hésitez pas à nous contacter ou à rejoindre l’association.

Adhésion annuelle : 15 €

Facebook : Mémoire & Patrimoine de Coin-lès-Cuvry

Courriel : memoire.coinlescuvry@gmail.com

Stéphanie Perrin, Présidente

Sources

  • Annexion de la Moselle (1940), Wikipédia.
  • AJPN — Anonymes, Justes et Persécutés durant la période nazie, notice « Coin-lès-Cuvry ».
  • Hommage aux expulsés, commune de Pouilly (Moselle).

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